Historique de la Société Algérienne de Cardiologie

Par feu, Professeur Mohamed Feghoul :

Membre honoraire de la société algérienne de cardiologie.

En Algérie, après le 5 juillet 1962, il existait peu de médecins algériens et encore moins de cardiologues exerçant dans le pays, soit dans le secteur public ou privé. Il n'y avait que deux cardiologues sur tout le territoire national un à Alger et un autre à Oran, les deux dans le secteur privé. Par contre il y avait quelques-uns qui étaient en cours de spécialisation à l'étranger, surtout en France.

Comme tout le monde le sait, le corps médical « Pied noir »> avait commencé l'exode vers la France bien avant l'indépendance et a bien sûr continué après celle-ci. Ceci a posé un problème important de santé publique au jeune état algérien. Heureusement de très nombreux médecins de tout bord et de toutes spécialités de pays amis et de pays frères sont venus spontanément prêter main-forte aux médecins nationaux par mesure humanitaire et surtout à cause de l'aura considérable dont bénéficiait l'Algérie et la révolution algérienne dans le monde. En plus de ces étrangers, il a été fait appel aux nationaux qui étaient à l'étranger. Pour la plupart il s'agissait d'étudiants fraîchement diplômés ou sur le point de terminer leurs études.

Cet apport important a empêché une grave rupture et a permis de prendre en charge nos populations encore meurtries par la longue guerre coloniale. Si le problème des soins était pris en charge, par contre l'enseignement de la cardiologie laissait à désirer par marque d'enseignements.

Selon les accords d'Evian, de nombreux postes d'agrégés de spécialités différentes ont été ouverts par la France pour l'Algérie pour le but d'aider au démarrage de la faculté de Médecine d'Alger. Ces agrégés devaient effectuer une période limitée et par la suite regagner leur poste de titulaire en France.

C'est dans ce cadre-là et dans le domaine de la cardiologie que le P Taddei a été nommé chef de service de la clinique thérapeutique médicale à l'hôpital Mustapha (actuellement Cardio A et Cardio A2), il était secondé par des aînés les PR. Omar Boudjellab , le PR. Mohamęd TOUMI, le Dr Mohamed Feghoul, le Dr Boukroufa Abdelkader , le Dr Mohamed Redjimi, interniste, et plus tard par le Dr Kheirredine Merad.

Le Pr. Morand a été également nommé chef de service de la clinique propédeutique médicale au formé en actuel service d'anesthésie réanimation de l'hôpital Mustapha. Il était aidé par notre aîné le PR. M.C. Mostefai, par le Dr Baba Ameur Amine et plus tard par les Dr. Abdellkrim Benkhellil et Djamel Djidjelli. Ensuite ces 2 services se sont étoffés par la présence de faisant - fonction d'internes et par des internes en titre quand les concours d'internat sont instaurés par des internes en titre.

Pendant les années qui suivirent, le nombre d'étudiants en médecine augmentait régulièrement et il nous fallait passer a une étape supérieure celle de la formation de spécialistes. Il fallait donc assurer la formation des formateurs pour cela la plu- part des enseignants coopérants et internes et spécialistes se sont mobilisés pour la formation de ces spécialistes : en assurant des colloques, des staffs, des conférences, des séances de bibliographie, de « planchage », de questions écrites et de malades. Les concours d'assistants furent instaurés et dirigés par les coopérants de rang magistral exerçant à Alger. A cette époque, seule la faculté de médecine d'Alger fonctionnait. Pour terminer la pyramide il fallait compléter l'édifice par la formation des rangs magistraux. Les autorités du pays ont pris la décision de faire appel à des enseignants étrangers de langue française pour assurer les examens d'agrégation. Le 1 er concours d'agrégation a eu lieu en 1967. Le jury était formé de français, de belges et de suisses. Les candidats étaient le Dr Omar Boudjellab, le Dr Mohamed chérif Mostefai et le Dr Mohamed TOUMI.

Les épreuves consistaient en une question théorique, une épreuve malade de 20mn d'examen, 20 mn de réflexion et 20mn d'exposé et leçon pédagogique de 45 mn destinée aux étudiants de graduation sur un sujet choisi par le jury.Cette épreuve était présentée après une 1 heure et demie de préparation. Les trois candidats ont été admis après délibération du jury. Les concours d'agrégation devaient avoir lieu régulièrement tous les deux ans, mais le concours suivant prévu pour 1969 n'a eu qu'en 1971 car le ministre de l'enseignement supérieur le regretté Mohamed Benyahia a exigé que cette promotion composée d'une quarantaine de candidats devait accomplir une mission de deux années dans les facultés de l'intérieur : Oran et Constantine, pour pouvoir retourner à la capitale. Cette décision devait permettre d'aider les deux facultés de l'intérieur à démarrer l'enseignement convenablement.

Le principe était louable, mais dans l'application il a eu des passedroits et plus de 1/3 sont restés à Alger bien qu'au départ toute la promotion devait rejoindre l'intérieur de pays.

Les deux candidats Dr Mohamed Feghoul et Dr Abdelkader Boukroufa ont été admis au concours. A partir de là, le nombre des formateurs était correct, le nombre de cardiologues augmentait régulièrement il nous fallait donc créer notre Société de cardiologie d'autant plus que les 2 sociétés-mère: la société de médecine d'Alger et la société de chirurgie d'Alger furent créées plutôt et fonctionnaient d'une façon continue.

À cette époque, nous étions sous le régime du parti unique (FLN), les associations et les sociétés savantes constituaient des filiales de l'UMA considérée elle-même comme organisation de masse au même titre que l'union des étudiants, l'union des femmes d'Algérie, l'union des travailleurs, l'union des paysans, l'union de moudjahiddines etc....

Nous avions tenu en 1972 à l'amphithéâtre de cardio A de Mustapha la réunion constitutive de création de la société algérienne de cardiologie (SAC).

Les membres fondateurs étaient :

Pour la cardio A Les professeurs :

  • Omar Boudjellab
  • Mohamed Toumi
  • Mohamed Feghoul
  • Abdelkader Boukroufa

Pour la cardio B Les professeurs:

  • Mohamed Mostefai
  • Amine Baba-Ameur
  • Rachid Bougherbal
  • Abdelkrim Benkhellil
  • Djamel Djidjelli

Pour Constantine: le Dr Mostefa Rachid Belhadi

La SAC fut donc crée, Par l'Union médicale algérienne et les autorités l'ont officialisée.

Le 1er bureau élu en 1972 se composait de :

  • Président : PR MC Mostefai
  • Vice-Président : Dr Belhadj Mostefa pour le Constantinois
  • Secrétaire général : PR Mohamed FEGHOUL
  • Tresorier: Amine Baba Ameur
  • Assesseurs: PR Boudjellab, Toumi, Boukroufa

En 1980 le bureau a été modifié:

  • Président: PR M.Feghoul
  • Vice-président: PR Belhadj, PR Kara
  • Secrétaire général : Pr Merad
  • Trésorier : Pr Benkhellil
  • Assesseurs :  Pr Boudjellab, Pr Toumi, Pr Boukroufa 

La société a fonctionné normalement en organisant des Congrès nationaux, des congrès Internationaux et notamment le congrès maghrébin de cardiologie en collaboration avec les sociétés nationales : marocaine, tunisienne, libyenne, et mauritanienne. Des symposiums, avec des conférenciers étrangers, des réunions de formation post-universitaire dans de nombreuses willayas de l'intéricur du pays etc.....

En octobre 1988 lors du séisme politique qui permis l'ouverture et le multipartisme, les sociétés savantes ne faisaient plus partie de l'UMA, elles dépendaient du Ministère de l'intérieur qui donnait l'agrément pour les sociétés nationales et les willayas pour les sociétés régionales. Par la suite il fallait que la SAC soit reconnue et admise dans les sociétés internationales de cardiologie et notamment dans la société européenne. Nous avons eu de nombreux contacts avec les responsables des sociétés nationales francophones notamment la France, la Belgique et la Suisse. Au congrès européen de cardiologie de 1978 qui s'est tenu à Madrid nous étions admis en tant qu'observateurs à la réunion administrative des sociétés nationales qui devait décider de notre admission: l'Algérie était représentée par le PR Mohamed Feghoul et le PR Abdelkader Boukroufa.

Notre adhésion ne fut pas facile : de nombreux pays de l'Est n'étaient pas favorables, ils prétextaient quc l'Algérie, pays africain, devait faire partie de la société continentale africaine Mais c'est grâce aux pays francophones et notamment les Pr Puech et Jouve de la Société française de cardiologie et le PR Denolin de Belgique que notre société a été admise en faisant valoir qu'il n'existât pas encore de société africaine de cardiologie. Par la suite notre adhésion aux sociétés internationales de cardiologie ainsi qu'à la fédération de cardiologie internationale s'est faite automatiquement.

A partir de là, la SAC s'est imposée scientifiquement sur le plan national et international. Mais les années suivantes à partir de 1991 elle a été nettement freinée dans son développement comme tout le reste pendant les années de la décennie noire......

 

Cette interview a été publiée sur le journal de la SAC dans son numéro N°5 de Novembre 2006.